La limitation des médecins de nouveau retoquée
La Cour constitutionnelle donne raison à l’Association des cliniques privées et rappelle l’exigence d’une base légale formelle pour restreindre l’accès à la pratique médicale dans…
La Cour constitutionnelle donne raison à l’Association des cliniques privées et rappelle l’exigence d’une base légale formelle pour restreindre l’accès à la pratique médicale dans le canton.
Aïna Skjellaug
C’est un revers juridique de taille pour le Conseil d’Etat vaudois. Pour la deuxième fois en deux ans, la Cour constitutionnelle du Tribunal cantonal a annulé l’arrêté visant à limiter l’admission des médecins à pratiquer à charge de l’assurance obligatoire des soins dans le secteur ambulatoire.
Le verdict, rendu le 30 avril, est sans appel: le gouvernement cantonal ne disposait pas de la compétence nécessaire pour adopter une telle mesure. Selon les juges, une restriction aussi importante de l’accès à la pratique médicale ne peut reposer sur un simple arrêté, mais nécessite une base légale formelle, solide et démocratiquement légitimée au niveau cantonal.
Un camouflet pour la régulation administrative
Cette affaire fait suite au recours déposé par l’association Vaud Cliniques, qui s’opposait à l’arrêté du 2 juillet 2025. Pour la cour, le respect de l’Etat de droit l’emporte sur les velléités de régulation du Conseil d’Etat. Ce dernier cherchait, par cette mesure, à maîtriser l’offre médicale pour freiner la hausse des coûts, mais sans passer par le processus législatif complet.
Cette décision s’inscrit dans la continuité d’un premier arrêt déjà rendu en 2024. Elle confirme que l’organisation du secteur ambulatoire doit reposer sur des bases prévisibles et ne peut être modifiée unilatéralement par l’exécutif sans un cadre légal clair.
Pour Vaud Cliniques, ce jugement est une victoire majeure pour la cohérence du système de santé. L’association estime que le développement de la médecine ambulatoire et des modèles de soins intégrés est essentiel pour répondre aux besoins croissants de la population, tout en faisant face aux tensions sur la relève médicale.
«Ce jugement est important pour le respect des règles institutionnelles, mais aussi pour garantir que des décisions aussi structurantes soient prises dans un cadre clair, au bénéfice des patients et du système de santé dans son ensemble», souligne Marc-Olivier Buffat, président de Vaud Cliniques.
Le Département de la santé et de l’action sociale annonce prendre bonne note de la décision de la Cour constitutionnelle. Il estime que, selon la LAMAL, la limitation d’installation des médecins dans certaines spécialités fait partie des prérogatives du Canton. Il relève que le Conseil d’Etat a d’ores et déjà adopté un projet de modification de la loi sur la santé publique à ce sujet. «Ce projet, qui est entre les mains du Grand Conseil, permettra de régler définitivement la question des fondements juridiques de l’intervention de l’Etat en la matière», avance-t-il.
Si cette annulation offre un répit aux médecins souhaitant s’installer dans le canton, elle replace en effet le Conseil d’Etat devant un défi législatif.
En attendant, Vaud Cliniques assure qu’elle continuera à s’engager pour des solutions «durables et respectueuses des principes fondamentaux» pour l’ensemble des acteurs de la santé.
Source : article Le Temps du 7 mai 2026